Laissez-vous guider au cœur des crus du Beaujolais, à Morgon précisément, où une très belle histoire de la viticulture s’est écrite et continue de nous enchanter. De pionniers à prophètes, nous vous racontons ce qui lie ces deux adresses incontournables, le domaine Marcel Lapierre et le domaine Jean Foillard.
C’est en 1909 que Michel Lapierre crée son domaine, repris par son fils Camille, l’un des pionniers de la vente directe, d’abord en fûts dans les années 1940 puis en bouteille, sans passer par le négoce ou les caves coopératives. Transmis de père en fils, le domaine change de dimension au début des années 1970 lorsque Marcel en reprend les rênes. Sous l’impulsion du chercheur et œnologue Jules Chauvet, il fait entrer la propriété dans une nouvelle ère, parfaitement visionnaire : celle des vinifications naturelles et sans soufre. Les premières cuvées, qui ne portent pas encore le nom de « nature », voient le jour dès le début des années 1980.
Les raisins du domaine Lapierre proviennent presque exclusivement du célèbre terroir de la Côte du Py, colline volcanique aux sols granitiques et schisteux altérés, dont la structure très drainante offre au gamay une intensité, une énergie et une profondeur remarquables.
C’est sur ce même terroir, en 1981, que Jean Foillard reprend le domaine familial à Villié-Morgon : une petite propriété alors limitée à quatre hectares. Admiratif du travail de Marcel Lapierre, il est immédiatement convaincu par cette approche peu interventionniste de la vinification et de l’élevage.
Pour livrer sa propre version d’un cru du Beaujolais « au naturel », le jeune disciple bénéficie d’un patrimoine de vieilles vignes particulièrement qualitatif : en plus de ses parcelles sur la Côte du Py, il en exploite également sur le lieu-dit Corcelette, plantées sur des sables granitiques, donnant naissance à des gamays d’une élégance folle, souvent considérés comme les “Chambolles” de Morgon.
Il cultive également quelques hectares en appellation Fleurie, reposant sur des granits roses, qui produisent des vins plus sensuels, aériens, aux tanins délicats.
Aujourd’hui fermement ancrés dans un style libre, précis et d’une régularité exemplaire, les principes essentiels des vins naturels s’appliquent dans les deux domaines. Chez Lapierre comme chez Foillard, les vignes sont évidemment conduites en agriculture biologique depuis plus de quarante ans. Les vieilles vignes sont encore travaillées à la pioche, et le respect du terroir demeure au cœur de la réflexion. Les rendements sont donc faibles, donnant des raisins souvent petits et bien concentrés.
Côté cave, les vinifications traditionnelles s’effectuent en vendanges entières, sans levurage, suivies d’une macération carbonique chez Lapierre ou semi-carbonique chez Foillard. Dans les deux cas, la philosophie est limpide : exprimer avec le plus de sincérité possible la pureté du fruit et du terroir. Les cuvaisons durent ensuite jusqu’à 3 semaines en cuves béton ovoïdes, avant que les vins ne passent un minimum de neuf mois dans des fût de plusieurs vins. Lorsque cela s’avère nécessaire, une partie des cuvées peut être mise en bouteille avec une dose infinitésimale de soufre.
Ces choix, qui paraissent aujourd’hui couler de source ou presque et qui ont largement fait école, furent à l’époque une véritable révolution, signant des vins d’une pureté et d’une minéralité remarquables. Ils expriment un équilibre rare entre puissance aromatique, profondeur et finesse, une alchimie que seuls les grands terroirs granitiques et schisteux savent offrir.
Du côté de Morgon, les millésimes 2023 et 2024 signent clairement deux belles réussites (avec cependant des rendements nettement plus faibles en 2024 du fait des dégâts du mildiou) : les raisins étaient mûrs, concentrés et parfaitement équilibrés entre fraîcheur et richesse aromatique. Cette sélection de cuvées signées Lapierre et Foillard nous en fait une démonstration éblouissante. Coup de coeur tout particulier pour un joyau rare, le véritable Grand Cru de Jean Foillard, la cultissime Cuvée 3.14 sur un millésime 2018 d'anthologie. Un monument !
Dernière anecdote : récemment, lors d’une dégustation à l’aveugle réunissant quelques amateurs et professionnels avertis, les noms de Chambolle, Vosne ou encore Morey Saint-Denis fusèrent d’un bout à l’autre de la table. Point de tout cela : un Morgon Côte du Py 2010 de Foillard fut pour beaucoup une révélation ! Avec du temps et de la patience, ces vins se métamorphosent en véritables bijoux.
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