Disons-le tout net : les vins signés Camille Thiriet constituent une des plus belles révélations que nous ayons connues en Bourgogne depuis longtemps. Avec la complicité de son mari, Matt Chittick, brillant chef de cave d’origine canadien rencontré chez Nicolas Potel au début des années 2010, elle signe une collection de pinots soyeux, délicatement sensuels et authentiques, des vins de lieux et d’émotion, qui révèlent la sensibilité inspirée et la maîtrise impressionnante d’une vigneronne d’instinct et de conviction. Plus encore, Camille et Matt ont su, en quelques millésimes seulement, remettre au centre du jeu les appellations et les villages du Sud de la Côte de Nuits, jusqu’ici délaissés au profit de leurs prestigieux voisins de Nuits, Vosne, Gevrey ou Chambolle. C’est pourtant bien entre Corgoloin et Comblanchien que s’écrit une des histoires oenophiliques les plus passionnantes des dernières années.
La valeur n’attend point le nombre des années
Rien ne destinait pourtant Camille Thiriet à embrasser ce monde plutôt fermé des grands vins de Bourgogne, surtout si on n’est pas du sérail. Jeune parisienne, passionné par les chevaux et les parfums, elle se rêve plutôt cavalière professionnelle ou nez dans la parfumerie. C’est d’ailleurs cette grande sensibilité olfactive qui va la conduire à s’approcher du monde du vin où les parfums, les émotions sensorielles occupent une place essentielle. Après des études littéraires, elle met le cap sur Beaune, et intègre l’école des vins de Bourgogne, avant de poursuivre à Bordeaux, pour un master dans le commerce international du vin. Elle ne trouve pas son compte dans des enseignements qui lui paraissent bien théoriques et veut rapidement retourner sur le terrain, au contact des vignes, des terroirs et de celles et ceux qui les magnifient.
Elle retourne en Bourgogne. Elle est rapidement remarquée par Nicolas Potel, qui l’embauche au Domaine de Bellene. C’est là qu’elle rencontre celui qui deviendra son mari, Matt Chittick, alors chef de cave. Une expérience qui va lui permettre de faire de belles rencontres, de voyager beaucoup aussi, en Californie, en Nouvelle-Zélande, en Australie. Progressivement, celle qui habite une fermette sur les hauteurs de Comblanchien, en face des vignes de Nicolas, se prend à rêver de faire son propre vin, avec sa sensibilité et bien sûr, cette passion pour les parfums qui na l’a jamais quittée, les parfums du vin, les parfums du sol, les parfums des saisons et de la nature.
A partir de quelques raisins que lui cède Nicolas Potel mais aussi Gilles Jourdan, artisan-vigneron de Corgoloin, elle s’essaie à ses premières vinifications, en 2016. Véritables « vins de garage », élaborés dans un petit abri attenant à sa maison de Comblanchien, ses cuvées sont vite remarquées. Elle qui cherche avant tout à transmettre des émotions est rapidement repérée par quelques têtes chercheuses qui comptent dans le mondovino. On citera le célèbre sommelier Rajat Parr, devenu vigneron emblématique en Oregon, qui fait goûter ses premiers vins à l’organisateur de la prestigieuse Paulée de New-York : ni une ni deux, ce-dernier, totalement sous le charme, veut lui acheter toute sa production ! Il devra se contenter de 1000 bouteilles… Camille est prudente et se dit que d’autres pourraient peut-être afficher le même enthousiasme, qui sait ?
Une vigneronne d’instinct, de conviction et de sensibilité
Mais c’est une autre fée, ou plutôt un magicien, véritable enchanteur des plus grands pinots de Bourgogne, qui va ensuite se pencher sur le berceau de cette prometteuse néo-vigneronne. Bernard Noblet, figure emblématique de Vosne-Romanée, qui signera comme chef de cave entre 1986 et 2017 plus de 30 millésimes du Domaine de la Romanée-Conti, se prend d’affection pour cette jeune femme passionnée, pleine d’énergie, qui a envie de déplacer des montagnes. Celle qui eu le culot d’aller voir un banquier, avec 2000 € en poche, pour lui dire qu’elle voulait « créer son domaine viticole » ! En Côtes-de-Nuits, qui plus est… Alors qu’elle rejoint chaque année l’équipe de vendangeurs de la DRC, Camille explique son projet un peu fou à ce grand Monsieur de la Côte. Il faut dire qu’elle est presque familière de cette adresse mythique puisque sa mère, spécialiste de la traction animale, y laboure les vignes avec l’aide de ses chevaux depuis de nombreuses années. Alors qu’il vient de prendre sa retraite, il va alors lui prodiguer ses précieux conseils, en toute amitié, entre 2018 et 2022. C’est aussi à ses côtés qu’elle va énormément goûter, pour parfaire son nez et son palais, et ainsi préciser son idéal stylistique, vers des vins de chair et d’émotion, à la fois sensuels et pleins d’énergie, des vins où les parfums du fruit dialoguent harmonieusement avec les sensations venues du sol.
Alors que leurs pinots font déjà le bonheur d’une poignée d’amateurs avertis et de quelques sommeliers exigeants, soucieux de garder secrète cette adresse que l’on se murmure à l’oreille, Camille et Matt voient le destin leur sourire à nouveau : en 2021, ils ont la possibilité d’acquérir leur première vigne, une belle parcelle de 80 ares sur le Clos Magny, un beau terroir d’altitude à Corgoloin, en Côtes-de-Nuits Village. Leur banquier, qui les prend désormais au sérieux, les suit : farouchement indépendante dans l’âme, Camille entend bien le rester malgré les sirènes d’investisseurs étrangers qui ont eu vent du talent de cette jeune prodige de Corgoloin. L’année suivante, Gilles Jourdan, artisan-vigneron avec lequel le couple travaillait déjà, décide de passer la main et leur propose de racheter son petit domaine de 5 hectares : une acquisition qui va consacrer l’implantation de Camille et Matt dans ses coteaux méconnus du Sud de la Côte de Nuits, entre Corgoloin, Comblanchien et Prémeaux.
Des pinots aux parfums envoûtants, aux textures soyeuses
Voici désormais le couple à la tête d’un superbe parcellaire de très vieilles vignes, entre 60 et 100 ans en moyenne, essentiellement situées en appellations Côtes-de-Nuits Village et Hautes-Côtes de Nuits. Camille a bien compris qu’ici aussi, sur ces coteaux argilo-calcaires parcourus de veines de marnes, se lovaient de très grands terroirs : il fallait juste l’envie, l’énergie et la force de caractère d’une Camille Thiriet pour les révéler dans de superbes pinots aux parfums envoûtants de pureté, de délicatesse, aux textures soyeuses, magnifiquement définies, tantôt veloutées, nappantes, tantôt plus ciselées et crayeuses, parfaits reflets des lieux et des sols qui les ont vu naître.
Camille et Matt déménagent au cœur du village de Corgoloin, dans les anciennes installations du petit Domaine qu’ils viennent d’acquérir. Camille entend bien conserver cet esprit artisanal qui présidait à ses premières vinifications dans son garage : vieux pressoir vertical à cliquet, foulage au pied, longues infusions avec quelques remontages au sceau, son approche reste minimaliste et très sensorielle à la cave, convaincu que c’est à la vigne que naît le grand vin. Plus les années passent, plus elle fait confiance au raisin et apprend à lâcher prise, à ne pas chercher à tout contrôler. Comme elle dit : « je fais le vin comme je cuisine, sans recette ! ». La part de vendanges entières varie selon chaque parcellaire, chaque millésime. Les fermentations sont totalement naturelles, sans levurage, et les élevages intègrent très peu de bois neuf, rarement plus de 10% et souvent pas du tout. Rien ne doit altérer le message du raisin.
A la vigne, si cette jeune femme éprise de liberté ne s’enferme dans aucun dogme, elle privilégie bien sûr le respect des équilibres du vivant, à travers des pratiques culturales organiques et largement inspirées par la biodynamie. Comme elle le faisait, plus jeune, avec les chevaux qu’elle devait mettre à sa main, elle observe chaque vigne, apprend à la ressentir intimement, presque charnellement, pour mieux l’accompagner, la guider, sans jamais la contraindre. C’est bien comme cela qu’elle en obtient le meilleur. Le travail des sols au cheval est généralisé, le respect d’une vraie diversité de flore et l’enherbement sont privilégiés.
Encore trentenaire, Camille Thiriet semble avoir décidément tout capté des secrets du pinot noir sur ces coteaux encore méconnus. Ele fait clairement bouger les lignes sur cette Côte de Nuits souvent conservatrice, où l’on ne voit pas toujours d’un très bon œil celles et ceux qui ne sont pas du sérail et bousculent les certitudes. Mais ses vins parlent pour elle : ils ont très vite forcé le respect voire l’admiration de ses confrères à la tête des domaines les plus prestigieux de la Côte. Un succès amplement mérité, qui voit cette petite production déjà exportée dans une cinquantaine de pays et présente sur les plus belles tables gastronomiques.
Nous sommes particulièrement heureux de pouvoir vous proposer quelques rares flacons de cette nouvelle étoile de la Bourgogne, vigneronne d’instinct et de sensibilité, qui, à la suite de quelques aînées (on pense évidemment à Cécile Tremblay), nous livre des merveilles d’équilibre, de grâce et de profondeur. Avis aux amateurs : les quantités sont extrêmement limitées, surtout sur ce millésime 2024 aux aromatiques expressives, aux bouches à la fois fraîches et concentrées mais aux rendements très faibles : ils n’ont même pas atteint 15 hectolitres par hectare.
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Les quantités disponibles étant très faibles, en raison du volume produit par le domaine et des rendements du dernier millésime, les achats sont limités à 3 bouteilles par cuvée et par client. Merci pour votre compréhension.