Issu d’une famille de vignerons (son grand-père était déjà vigneron à Reigny), c’est à Crezancy-en-Sancerre que Gilles Guillerault s’est établi dans les années 1990, à la suite de son père Jacques. Ce-dernier s’était lancé dans les années 1960 avec un demi-hectare de vignes seulement, une petite maison et une cave, situées sur le site d’un ancien prieuré.
A force de patience et de travail, et avec l’aide précieuse de son épouse Geneviève, originaire du village voisin de Bué, Jacques avait développé un beau patrimoine viticole, en fermage pour une bonne part, de plus de 8 hectares, sur des terroirs variés de caillottes, de griottes (une déclinaison de sols calcaires plus tendres, aux éclats plus fins et friables) et de terres blanches avec leurs fameuses marnes kimméridgiennes. Cet homme de la vigne vendait ensuite l’essentiel des raisins, sauvignons et pinots, à la coopérative.
Après des études viti-œnologiques à Beaune, et un passage par le vignoble bordelais, Gilles revient au domaine dans la première moitié des années 1990. Une période pas évidente pour un jeune vigneron qui s’installe, avec la crise mondiale liée à la Guerre du Golfe. Il en faut plus pour le décourager, lui qui est bien décidé à élaborer ses propres cuvées. Il a en outre la chance de bénéficier des conseils de son oncle qui n’est autre que Jean-Marie Balland, un des meilleurs experts de la viticulture sancerroise, consulté par les plus grandes signatures d’ici et d’ailleurs, pour sa connaissance intime de la vigne et de la meilleure façon de révéler l’osmose entre la plante et son environnement. Gilles va donc se concentrer avant toute chose sur la qualité et la précision du travail à la vigne. Dès 1995, il décide ainsi d’enherber l’intégralité du vignoble, pour de meilleurs équilibres des sols, mais aussi d’adapter sa taille.
En 2002, Gilles s’associe avec Sébastien Fargette, son beau-frère, jeune vigneron venu du Beaujolais et formé auprès de deux grands noms de ce vignoble, Marcel Lapierre et Jean Foillard. C’est ainsi que naît le Domaine Guillerault-Fargette. Tous deux partagent le même credo : c’est d’abord à la vigne que se construit le vin. Tout doit donc être mis en œuvre pour comprendre et révéler l’identité profonde de chaque terroir.
Les produits phytosanitaires sont bannis depuis plus de 20 ans, même si ce n’est qu’en 2019 que le domaine entamera finalement sa conversion officielle en Bio, certifiée avec le millésime 2022. Progressivement, Gilles et Sébastien vont également enrichir leur patrimoine viticole qui compte aujourd’hui une petite vingtaine d’hectares dont 11 sont exploités en pleine propriété. A Crezancy-en-Sancerre bien sûr, du côté des hameaux de Reigny et Veaugues, à Bué (sur l’excellent terroir du Chêne Marchand) et à Sancerre.
Fort d’une viticulture de haute précision, Gilles, qui pilote également les vinifications, va progressivement s’engager dans une démarche de discrimination parcellaire des différents terroirs, où l’on retrouve aussi bien des sols très calcaires de caillottes ou de griottes (un peu plus tendres), que des terres blanches, plus ou moins argileuses. Pour ses cuvées parcellaires, il fait varier les contenants, en fonction de la typicité de chaque jus, combinant cuves inox, œufs en béton, foudres et cuves tronconiques. Pour ses pinots, il intègre en outre une petite part de vendanges entières, de l’ordre de 20%. Il privilégie une extraction douce de raisins bien mûrs, avec quelques remontages seulement, suivie d’élevages assez longs de 18 mois au moins. S’ensuit une période d’affinage en bouteille d’une à deux années supplémentaires. Autant d’éléments qui permettent de transcender l’expression du fruit pour mieux l’enrichir des messages du terroir.
Les années 2010 marquent un autre tournant important dans l’histoire du Domaine, avec la rencontre avec Fabien Duperray, l’homme qui se cache derrière Jules Desjourneys et ses vins iconiques, figurant parmi les blancs les plus étincelants du Sud Bourguignon (sans oublier ses fabuleux gamays révélant les meilleurs crus du Beaujolais). Fort d’une longue expérience acquise auprès de certains des meilleurs vignerons de la planète (on pense bien sûr au duo immarcescible qu’il forme avec Arnaud Ente, l’esthète virtuose de Meursault, ou encore à son étroite collaboration avec Christophe Perrot-Minot, un des grands maîtres contemporains du pinot nuiton), Fabien va peu à peu insuffler, par son sens du détail et quelques précieux conseils qu’il prodigue à Gilles, un virage stylistique. Ce travail à quatre mains débute dès le mitan des années 2010, où Gilles et Fabien créent ensemble une cuvée réservée à l’export. Très satisfaits du résultat, ils décident de récidiver avec le millésime 2019, en voyant plus grand cette fois. Ce n’est pas un vin, mais quatre (trois blancs et un rouge) qu’ils mettent au point. Et c’est le fruit de cette collaboration que nous avons le plaisir de vous proposer aujourd’hui, dans sa version rouge, avec l’excellente cuvée Psi.
Gilles a sélectionné pour cette cuvée des pinots noirs issus de trois parcelles situées sur les trois finages principaux du domaine : Reigny, Bué et Sancerre. Les sols, très calcaires de caillottes ou plus riches en marnes des terres blanches, apportent chacun leur nuance, leur énergie et leur profondeur à l’assemblage. La lettre Psi, avec ses trois lignes convergeant en un seul point, illustre parfaitement l’esprit de ce superbe Sancerre rouge, qui unit trois grands terroirs pour trouver un équilibre, une parfaite harmonie.
Une cuvée de haut vol, sur deux très beaux millésime, 2019 et 2020, qui incarne parfaitement l’esprit de renouveau enthousiasmant qui souffle sur ce Domaine. Pour le plus grand bonheur des amateurs des expressions identitaires, à la fois raffinées, intenses en imprégnées de terroir, du pinot sancerrois.
Si vous ne connaissez pas encore ces vins, faites-nous confiance : vous ne regretterez pas d’avoir en cave ces bijoux de finesse et de précision. Une révélation, déjà incontournable.
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