Trois générations au service des terroirs
Tout commence en 1942, avec l’union entre Renée Amiot, issue d’une famille bourguignonne, et Joseph Arlaud, venu d’Ardèche. Les premières vignes viennent dans la corbeille de mariage, rapidement complétées par de nouvelles acquisitions à partir de 1949. Le domaine se constitue officiellement à Morey Saint-Denis, au début des années 1950. Si le village de Morey a toujours été le cœur battant de l’histoire de la famille Arlaud, celle-ci a cependant fait l’acquisition, en 1958, d’un très ancien cellier du XIVe siècle à Nuits-Saint-Georges : un lieu chargé d’histoire, d’abord dévolu à l’élevage des vins du Domaine, mais devenu aujourd’hui, depuis la construction d’un chai beaucoup plus vaste et fonctionnel en 2003, un lieu de mémoire, où dorment tranquillement les vieux millésimes. C’est d’ailleurs cette superbe cave voutée qui figure encore aujourd’hui sur les étiquettes des vins du Domaine.
En 1983, Hervé Arlaud succède à son père et continue de développer le vignoble, qui s’étend bientôt sur de superbes terroirs de Morey Saint-Denis, Chambolle-Musigny et Gevrey-Chambertin. Le patrimoine viticole est exceptionnel, fort de quatre Grands Crus : Clos de la Roche, Clos Saint-Denis, Charmes-Chambertin et Bonnes-Mares.
Après avoir fait ses armes au sein d’une vénérable institution de Nuits-Saint-Georges, chez Henri Gouges, Cyprien Arlaud, le fils d’Hervé, revient au domaine dès 1998. Ici, le travail en famille est la règle : tous sont conscients de la richesse des échanges entre les générations. Au côté d’Hervé et de Cyprien, on retrouve aussi dans les vignes Romain, le frère de Cyprien, ainsi que leur sœur Bertille qui, rapidement, va se spécialiser dans la conduite du labour des vignes au cheval, une pratique longtemps oubliée, qui connaît depuis quelques années un exaltant renouveau en Bourgogne et dans d’autres vignobles.
Très vite, sous l’impulsion de Cyprien, des décisions structurantes sont prises : elles vont dessiner les contours d’un domaine résolument tourné vers le respect du vivant et, surtout, vers la recherche d’une expression authentique et différenciée de chaque lieu, de chaque parcelle. Dès la fin des années 1990, les traitements de synthèse et autres herbicides sont bannis. En 2004, Cyprien engage la conversion Bio de la quinzaine d’hectares que compte alors le domaine.
Respect du vivant et biodynamie comme fil conducteur
Au fil des années, il développe une vision holistique de la vigne dans son environnement. Déjà conscient des évolutions climatiques en cours et de l’impérieuse nécessité de s’y adapter, il va tout naturellement s’intéresser et commencer à expérimenter, dès 2009, les pratiques biodynamiques. Son obsession : aider la plante à être plus résiliente, face aux phénomènes météorologiques extrêmes qui sont et seront de plus en plus fréquents, entre sécheresse ou excès d’eau, entre hivers anormalement doux et étés franchement caniculaires.
Fasciné par l’extraordinaire diversité des climats bourguignons, il sait que chaque lieu est unique, à la fois différent de son voisin mais interconnecté avec tous les autres. Et qu’il nécessite que la main de l’homme s’adapte à lui, en permanence, avec des fenêtres de tirs souvent de plus en plus courtes, du fait des nombreux caprices de la météo. Précision de chaque geste, réactivité, moyens humains importants : Cyprien, qui prend officiellement les rênes du Domaine familial en 2013, ne lésine pas sur les moyens pour atteindre son objectif. Le Domaine Arlaud sera d’ailleurs la première propriété de Morey Saint-Denis à obtenir sa certification biodynamique, dès 2014.
La famille ne se repose pas pour autant sur ses lauriers : les pratiques continuent d’évoluer, toujours à la recherche de la préservation des équilibres naturels, toujours guidées par la volonté d’accompagner la vigne plutôt que de la contraindre. On citera la limitation du rognage et de l’écimage, avec la généralisation du tressage des vignes par exemple, sur les premiers et grands crus. Une façon de maximiser la photosynthèse, pour permettre à la plante d’apporter à son fruit tout ce dont il a besoin, mais aussi de limiter naturellement les rendements, pour de meilleures concentrations, et de jouer sur l’ombre portée du feuillage lors des périodes caniculaires que le pinot noir ne supporte pas toujours très bien. De même, Bertille Arlaud pilote le travail des sols au cheval sur les 5 hectares de crus que compte le domaine : une façon d’éviter le tassement des sols et d’en préserver intacts la structure et les équilibres.
Au-delà de l’immense respect des terroirs qui anime tout son travail, Cyprien Arlaud s’est aussi révélé, millésime après millésime, comme un des vinificateurs les plus précis et subtils de sa génération, livrant des vins d’une justesse remarquable. Il a pu s’appuyer, dès 2003, sur de nouvelles installations plus vastes et fonctionnelles, au bas de Morey Saint-Denis. Le chai, conçu pour fonctionner par gravité, permet de manipuler les raisins avec douceur. Les vendanges sont triées avec précision, sans foulage. Ici, point de dogmatisme, mais le sens de l’observation et la recherche du goût vrai : la proportion de vendanges entières varie ainsi selon les terroirs et les conditions du millésime. Les fermentations se déclenchent naturellement. Les extractions restent mesurées, avec peu de pigeage. L’élevage, d’une durée de 16 à 18 mois, s’effectue avec une proportion modérée de fûts neufs (autour de 20 à 25%), sans intrants inutiles : peu de soufre, pas de collage, pas de filtration. Les mises en bouteille se font avec le même souci de précision, en tenant compte des cycles lunaires.
En parallèle du domaine, Cyprien Arlaud a, en outre, développé une petite activité complémentaire, sous son propre nom. Loin d’un négoce classique, s’apparentant davantage à un fermage, ce projet repose sur une implication directe dans la conduite des vignes, en Bio évidemment, dans le choix des dates et la réalisation par ses propres équipes des vendanges et, bien sûr, la maîtrise totale de l’ensemble des opérations de vinification et d’élevage. Une manière d’explorer d’autres terroirs, du côté de Nuits Saint-Georges ou Vosne-Romanée par exemple, tout en conservant le même niveau d’exigence.
Un brillant éloge de l’équilibre et de la justesse
Les vins signés Arlaud se distinguent par leur équilibre et leur netteté d’expression. Le fruit s’y déploie sans artifice, les textures sont fines, les tanins délicatement intégrés, et l’ensemble est porté par une trame fraîche qui donne au vin son allonge et sa lisibilité. Rien n’est appuyé, tout sonne parfaitement juste. Il se dégage des vins de Cyprien une sensation d’équilibre naturel, presque de facilité tant ici tout paraît à sa place. C’est bien là que l’on reconnaît les grands vignerons, ceux dont la main a su s’effacer pour faire rayonner le fruit et parler le terroir.
Cyprien Arlaud fait clairement partie de cette élite, lui qui s’est récemment vu confier la présidence de l’Association des Climats de Bourgogne, prenant la suite de quelques glorieux aînés comme Aubert de Villaine ou Guillaume d’Angerville. Un signe de plus que ses pairs voient en lui un des meilleurs ambassadeurs de l’identité à la fois si diverse et si unique du vignoble bourguignon.
Le millésime 2023 illustre particulièrement bien sa parfaite compréhension des terroirs, dans toutes leurs nuances. Année globalement généreuse, marquée par une maturité aboutie des raisins, elle aurait pu conduire à des profils de vins larges, solaires. Cyprien a parfaitement su préserver de la tenue et de l’énergie, en maîtrisant parfaitement les équilibres des raisins à la vigne comme en cave. Le contrôle des rendements par des vendanges en vert fut une des clés du succès. Les vins offrent aujourd’hui un éclat fruité expressif, des matières souples et structurées, et surtout une fraîcheur parfaitement préservée qui apporte tension et dynamisme. La gamme, découverte alors que les vins étaient encore en fûts, puis regoûtée en novembre dernier, nous a enthousiasmés. Chaque vin se montre précis, subtil, élégant, et surtout, il reflète authentiquement ses origines. Des vins qui s’imposent par leur cohérence et leur justesse.
À Morey-Saint-Denis, le Domaine Arlaud s’affirme comme une référence incontournable, pour qui cherche dans les grands pinots de Bourgogne une lecture fidèle du terroir et du millésime.
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