Disons-le sans détour : Marlène Soria occupe dans l’histoire récente du Languedoc une place à part, son histoire aurait pu être celle d’une héroïne de roman, à la Giono. Considérée par certains comme la véritable « diva de la syrah » (mais pas seulement !), elle a imposé, depuis les hauteurs sauvages de Saint-Pargoire, une vision profondément personnelle, singulière, du grand vin du Sud : un vin de contemplation, de patience et d’intuition, un vin de lieu avant d’être le vin d’une époque ou d’une mode. Son domaine Peyre Rose, créé ex-nihilo au tout début des années 1980, figure aujourd’hui parmi les adresses les plus mythiques de la région. Les guides de référence, Revue du Vin de France ou Bettane & Desseauve, le place au sommet de la hiérarchie depuis longtemps déjà. Les amateurs se bousculent aussi bien pour l’originalité du style « Peyre Rose » comme pour l’exceptionnelle capacité de garde de ses vins.
Rien, ou presque, ne destinait pourtant Marlène Soria à devenir l’une des grandes signatures de nos vignoble. Avant le vin, il y eut l’immobilier pour elle, et la voile pour son mari qui tenait à l’époque l’école de voile de Port-Camargue. Puis vint le choc d’un lieu, visité la première fois avec son mari, dans l’optique d’acquérir une petite maison de vacances, pour l’été surtout. Tous deux tombent sous le charme de ce petit coin perdu dans les collines, les sous-bois et la garrigue, à 4 km du village de Saint-Pargoire. Ici subsistent seulement quelques ruines abandonnées par des familles d’immigrés espagnols qui y vivaient depuis le 19ème siècle, avant de pouvoir descendre vers des terres plus hospitalières et fertiles, dans la vallée de l’Hérault. Ici, point d’eau, ni de chemin d’accès et encore moins d’électricité ! Rien de tout cela ne fait peur à Marlène et son mari : ils achètent de pied à terre en 1973. Apprenant au fil des années à aimer cette nature sauvage et préservée, Marlène finit par y prendre racine, « un peu comme la vigne » glisse-t-elle. Elle choisit, au début des années 1980, de changer de vie, de quitter son premier métier et de se lancer dans une aventure un peu insensée : elle se pet en tête de défricher ce coin de paradis patiemment acquis, sur une soixantaine d’hectares de roches et de garrigue, pour y planter de la vigne et tenter de faire parler ces terres pierreuses, baignées d’un soleil souvent brûlant et battus par les vents (Mistral en tête. Rappelant un peu l’histoire d’Eloi Dürrbach découvrant les vallons arides de Trévallon, Marlène s’est durablement attachée à ce paysage sauvage et préservé, entre pinède, rocaille et cistes, habitée par l’intuition très forte qu’il y avait là un grand terroir à révéler.
Il faut se souvenir de ce qu’était alors le Languedoc viticole. Dans les années 1980, la région n’a pas encore acquis le prestige qu’on lui reconnaît aujourd’hui, sous l’impulsion de quelques précurseurs dont elle fait incontestablement partie. Dans cette succession de plaines et de vallons, ce sont plutôt les caves coopératives qui dictent leur loi, à coup de course aux rendements, de mécanisation, d’engrais et de traitements de synthèse ! Marlène Soria s’installe parfaitement à contre-courant, presque sans modèle, avec pour seule boussole une conviction intime : ces grands terroirs argilo-calcaires méritent mieux et elle le prouvera, en faisant ses propres vins.
Après une rapide formation au lycée agricole de Montpellier, cette pure autodidacte commence à aménager ce vaste ensemble de terres et plante l’essentiel du vignoble entre 1981 et 1984, dans un environnement presqu’hostile, sans confort ni infrastructure : il fallut aménager un chemin d’accès, forer pour trouver l’eau, rénover les ruines pour commencer à vinifier, bref apprivoiser ce coin de bout du monde, au Nord-Est de Pézenas. Le vignoble, conduit en bio dès l’origine, s’est patiemment constitué, grâce à l’entêtement visionnaire et l’énergie hors du commun d’une seule femme, capable de déplacer des montagnes.
Ce qui frappe, chez Marlène Soria, c’est cette forme de radicalité, d’instinct singulier qui la guide hors des sentiers battus et semble animer chaque instant et chaque geste de sa vie de vigneronne. Marlène n’a surtout pas l’intention de reproduire ce qui se fait ailleurs. A commencer par le choix de l’encépagement : elle décide de planter massivement de la syrah, qu’elle élève au rang de cépage phare sur ses terres de Saint-Pargoire. Elle sera complétée par le grenache, le mourvèdre et le carignan, puis par quelques cépages blancs qui composeront sa cuvée Oro. Marlène croit à la noblesse de ces coteaux, à leurs pierres roses, à leurs cistes et leurs sous-bois, à cette lumière sèche et cette austérité minérale capables de produire des vins racés, profonds, singuliers. Le nom même de Peyre Rose renvoie à ce paysage : “Peyre” pour le lieu-dit Les Peyrals, cœur battant du Domaine, “Rose” pour la couleur des pierres au couchant, cette couleur qu’elle chérit depuis toujours, jusqu’à en faire l’emblème du domaine et des étiquettes des vins.
La suite appartient aujourd’hui à la légende languedocienne. Sa première récolte a lieu en 1988, mais le contexte commercial est rude : les vins du Languedoc souffrent alors d’une réputation peu qualitative bien tenace, et ses premiers millésimes ne trouvent pas preneur. Marlène Soria dut pendant cinq années vendre une petite partie de sa production au négoce, faute de clients. Elle stocke et laisse tranquillement vieillir le reste, faute d’avoir des clients. Mais parfois, nécessité fait loi : c’est ainsi qu’elle va se rendre compte que ses vins s’améliorent grandement au fil des années, ils gagnent en profondeur, ils se précisent, affinent leur identité : c’est finalement comme ça que le goût des élevages et des affinages longs lui vient et ne la quittera pas pour devenir un des signatures du Domaine. C’est aussi pour cela qu’un jour de 1993, un agent du marché américain, Peter Vezan, tombe sous le charme de ces cuvées qui dorment tranquillement dans ses caves. Il décide de l’aider à financer les mises en bouteilles et surtout d’exporter ses vins aux Etats-Unis, où ils seront rapidement remarqués : ce fut le premier qui a su déceler le grand dessein de Marlène, son ambition pour bâtir de grands vins de lieu et de garde capable de rivaliser avec les plus beaux flacons rhodaniens.
En parallèle de ce premier tournant, un autre se joue à peu près à la même période, lorsque Robert Parker repère les vins de Marlène Soria, bientôt suivi par La Revue du Vin de France. Imaginez : dès 1994, le célèbre magazine spécialisé en fait sa vigneronne de l’année ! Une époque où les femmes obtenant cette distinction, dans un univers alors largement dominé par les hommes, se comptent sur les doigts d’une main… À partir de là, tout change : Peyre Rose cesse d’être une curiosité confidentielle pour devenir l’un des grands noms des vignobles méridionaux. La reconnaissance ne vient pas d’un marketing savamment orchestré, mais du bouche-à-oreille fervent des amateurs, des critiques, des importateurs et des sommeliers qui comprennent qu’il se passe là quelque chose de singulier et captivant : une lecture personnelle de la syrah et des assemblages méditerranéens, une lecture authentique et sans concession, d’une profondeur hors norme.
Peyre Rose, c’est donc un style bâti sur le temps long, une école de la patience en somme. Un peu à la façon de ce que font une poignée d’autres grands vignerons non loin de là, comme les Reynaud ou encore Henri Bonneau, Marlène élève, principalement en foudres, puis affine en cave ses vins pendant de longues années, une dizaine au moins avec qu’ils ne commencent à être commercialisés. Exigeante, animée d’une authentique vision esthétique, elle souhaite les montrer lorsqu’ils sont mûrs et prêts à livrer leur message, leur vérité, débarrassés des oripeaux de leur jeunesse. Lorsqu’ils ont appris, dans le silence patient des caves du domaine, la partition idéale pour interpréter leur lieu de naissance, leur terroir et l’esprit de chaque millésime. C’est ainsi que Marlène propose aujourd’hui de vous faire découvrir son millésime 2016… C’est là une des grandes singularités du domaine, et sans doute l’une des clés pour mieux comprendre son aura.
Aujourd’hui encore, l’œuvre impressionne par son unité. Aidée depuis quelques années par son fils Raphaël, Marlène signe une gamme réduite de 3 cuvées en rouge, correspondant à 3 terroirs aux identités marquées : Belle Léone, Les Cistes et Marlène n°3. Trois vins qui reflètent, avec d’infinies nuances, trois terroirs et un style immédiatement reconnaissable entre épaisseur, profondeur, puissance intérieure patinée par le temps, parfums de garrigue et noblesse veloutée des textures et des tannins. Ses vins ne cherchent jamais la séduction facile, immédiate : ils se donnent lentement, à qui sait les attendre, mystérieux, parfois avec une forme d’austérité aristocratique, mais ils finissent toujours par s’imposer comme de véritables vins de lieu et d’émotion, des invitations au voyage et à la méditation.
Dans notre cave Trésors des Vignes, nous avons la chance de proposer les vins de Marlène Soria depuis plus de 20 ans, et nous savons à quel point cette femme discrète a su rester farouchement fidèle à ses convictions et à la magie de ce lieu qu’elle a découvert et fait découvrir au monde. C’est peut-être cela, au fond, qui rend son parcours si fascinant : elle n’a pas seulement créé un grand domaine, elle a imposé, partant d’une feuille blanche, une haute idée du grand vin languedocien, en prouvant que ces collines arides de Saint-Pargoire pouvaient donner naissance à des rouges de classe mondiale, habités, racés, d’une personnalité inimitable.
Bienvenue en Terres de grands Rouges !
IMPORTANT : Vos vins seront expédiés à partir du 15 mai 2026
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