C’est en 2008 qu’Anne-Claude Leflaive et son mari, Christian Jacques, démarrent véritablement leur histoire ligérienne, aussi imprévue que passionnante. A l’origine, celle qui est déjà au sommet de son art et livre chaque année, depuis son domaine mythique de Puligny-Montrachet, quelques-unes des plus fascinantes expressions du chardonnay bourguignon, a décidé avec son mari d’aider quelques jeunes et talentueux vignerons, adeptes d’un travail biologique et biodynamique, à prendre leur essor à travers une association qu’elle a créée.
Un des membres de l’association, Claude Pichard, propriétaire d’un beau vignoble d’un seul tenant sur la petite commune d’Ambillou-Château, entre Angers et Saumur, souhaite jeter l’éponge. Tombés amoureux de ce tertre aux sols argilo-calcaires, dominant la Loire au loin, Anne-Claude et Christian décident en 2008 d’acheter ce Clau de Nell qu’ils ne se résolvent pas à voir péricliter. Armés de leur passion pour la vigne et de leur solide expérience dans une viticulture biodynamique, et guidés par leur intuition qu'il y a ici un grand terroir, ils vont dès lors s’atteler à faire du Clau de Nell un fleuron de la Loire angevine.
Le vignoble d’une douzaine d’hectares, d’un seul tenant, est entouré de forêts et de prairies, formant ainsi un véritable écosystème. Ici, le respect du vivant est le maître-mot : la vigne se nourrit dans des sols souvent recouverts de sables limoneux en surface, où le quartz domine, avant d’enfoncer son système racinaire dans les couches profondes de calcaire tendre, le fameux tuffeau ligérien. Des sols méticuleusement analysés, parcelle par parcelle, par les meilleurs experts en la matière, Lydia et Claude Bourguignon : des travaux qui vont ainsi guider les Jacques-Leflaive dans les choix d’encépagement futur, les méthodes culturales, les pratiques de taille etc… Poursuivant un seul objectif : faire vivre le sol pour que la vigne et son fruit en tirent le meilleur, et livrent une interprétation sincère de l’identité de ces terroirs.
Parfaitement conscients qu’une vigne a besoin d’un soin de tous les instants, qu’ils ne peuvent assurer seuls depuis Puligny-Montrachet, Anne-Claude et Christian vont dès 2009 faire confiance au jeune Sylvain Potin, rencontré chez un caviste d’Angers, pour appliquer à la lettre les principes de la biodynamie qui leur sont si chers. Ils lui confient également les clés de la cave. Sur les conseils d'Anne-Claude, Sylvain privilégie des vinifications douces et sans intrant, suivies d’élevages longs, en vieux fûts, dont beaucoup proviennent directement du légendaire domaine Leflaive et ont porté quelques-uns des plus beaux grands crus de la Côte d’Or ! Très vite, les rouges du Clau de Nell, issus de vignes centenaires de grolleau, de l’emblématique cabernet franc mais aussi de cabernet-sauvignon, beaucoup plus rare dans le Val de Loire, se sont installés parmi les vins les plus subtils et élégants du Val de Loire.
Les rouges sont majoritairement égrappés, avant de rester un mois environ an macération, pratiquement sans pigeage : on privilégie ici une infusion lente, délicate, à une extraction trop poussée. On laisse le raisin parler, sans le brusquer, ni le triturer à l’excès. Les fermentations se font bien sûr grâce à la seule action des levures indigènes. Autre option, visant au respect absolu du fruit, de son goût originel, de sa vérité : l’absence de bois neuf. L’élevage d’un an, en fûts bourguignons, se fait exclusivement en barriques de 6 à 7 vins, évitant ainsi tout apport d’arômes exogènes tout en conservant cette micro-oxygénation que permettent les vieux fûts. Le vin s’arrondit, gagne en relief, sans rien perdre de sa pureté aromatique.
Une pureté et un éclat du fruit qui ne nous ont jamais paru aussi évidents que sur ce millésime 2023, rayonnant de bout en bout. Après une année 2021 aux rendements calamiteux, du fait des dégâts causés par le sévère épisode de gel d’avril, puis un millésime 2022 au profil radicalement différent, marqué cette fois par la sécheresse et des températures estivales extrêmes, le millésime 2023 est une véritable parenthèse enchantée : le millésime de la sérénité retrouvée, de l’équilibre et de l’harmonie. Il fera date dans le Val de Loire en général, et au Clau de Nell en particulier.
Cette année, ni gel au printemps, ni épisode extrême mais juste ce qu’il fallait d’eau, au bon moment, pour régénérer la vigne et éviter tout stress. Le vignoble a bénéficié d’un bel ensoleillement estival, mais sans excès caniculaire. Des périodes plus fraîches ont permis aux maturités de se développer de façon très régulière. Bref, la nature a offert tout ce qu’il fallait pour cueillir des chenins et des cabernets resplendissants, aux équilibres frisant la perfection. Les vendanges ont démarré autour du 20 septembre : Sylvain et ses équipes n'hésitant pas à passer jusqu'à 3 fois sur les mêmes parcelles pour cueillir au point optimal de maturité pour chaque rang, chaque pied : un véritable travail d'orfèvre, dont on se rend compte, en découvrant les vins aujourd’hui, à quel point il en valait la peine !
Ces-dernières années, les rouges ont considérablement gagné en précision, offrant un mariage magnifiquement équilibré entre l’expression gourmande du fruit et l’imprégnation minérale dans les silex et les calcaires. Une gamme courte, qui s’est hissée aujourd’hui au sommet de la production de rouges angevins.
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