Nombreux sont les amateurs à considérer que l’archétype du grand rouge sudiste, puissant, complexe et harmonieux, se trouve à Bandol, et nulle part ailleurs ! Et plus précisément chez Tempier, véritable « phare » de la célèbre appellation varoise.
Il est rare que l’histoire d’un terroir et d’une appellation se confondent à ce point avec l’histoire d’un domaine et d’une famille. C’est pourtant bien le cas pour le vénérable et vénéré Domaine Tempier, véritable roi de Bandol ! Cet emblème des vins de Provence, propriété de la famille Tempier puis Peyraud depuis 1834, n’a eu de cesse de magnifier ces terroirs complexes et magiques du Var, occupant des coteaux escarpés aménagés en restanques, qui plongent vers la Méditerranée.
Bien sûr, depuis le règne de Louis XV, période à laquelle on cultivait déjà la vigne à l’emplacement actuel du Domaine, l’histoire n’a pas été un long fleuve tranquille. Une histoire où les femmes ont joué un rôle essentiel. Il y eut d’abord la vision et la ténacité de Léonie Tempier qui décide, après les ravages de la crise phylloxérique, de replanter intégralement le vignoble alors que la plupart des vignerons de l’époque renoncent. Elle ne s’arrête pas là, puisqu’elle entreprend de construire en 1880, à côté de la bastide familiale, la grande cave où sont encore aujourd’hui logés foudres et cuves.
Il y eut ensuite l’arrivée au domaine de Lucie Tempier (la fameuse Lulu, disparue en 2020 à 103 ans !) et son mari Lucien Peyraud. Le couple va s’investir corps et âmes dans la valorisation des terroirs de Bandol et la reconnaissance de la qualité et la typicité des vins qui en sont issus. Replantation avec des cépages nobles, et en particulier le mourvèdre qui fera la réputation des rouges, puissants et intenses, reconnaissance de l’appellation d’origine dans les 3 couleurs, création du syndicat des vins de Bandol… Lucien Peyraud n’a eu de cesse de promouvoir, pendant plus de 40 ans, une très haute idée du Bandol. Un idéal de grands vins de terroir et de garde que Lucien et Lulu ont su transmettre à leurs fils, Jean-Marie et François. Ceux-ci ont poursuivi l’œuvre familiale, entre tradition et modernité, en faisant évoluer par petites touches méthodes culturales – biologiques avant l’heure – et techniques de vinification.
C’est aujourd’hui Daniel Ravier qui dirige ce domaine d’exception sous l’œil toujours aiguisé et bienveillant de la famille Peyraud. Savoyard tombé à son tour amoureux de ces collines varoises et des vins signés Tempier, il continue à peaufiner le style maison, que l’on pourrait, avec lui, résumer ainsi : « des vins de soleil, de joie, des vins de communion entre les êtres ». Soucieux de délivrer une expression très racée de chaque terroir, il fait entrer dès 2003 le domaine dans l’univers de la bio-dynamie. Et l’histoire n’est pas près de s’arrêter puisqu’en 2016, le patrimoine de Tempier s’enrichit du vignoble de La Laidière et de ses 20 hectares plantés sur des terroirs marno-sableux.
Le Domaine Tempier bénéficie aujourd’hui d’une diversité de terroirs unique dans l’appellation, mise en valeur par une discrimination parcellaire de haute-précision. Terre d’élection du mourvèdre, qui compte encore aujourd’hui pour les trois quarts dans l’encépagement des rouges, ces collines offrent une grande diversité géo-pédologique, entre marnes calcaires et sableuses, mais aussi des calcaires beaucoup plus anciens du Trias.
Il y d’abord le terroir de La Bastide, berceau historique et véritable « âme » du Domaine sur la commune du Plan-de-Castelet, qui occupe bien sûr une place essentielle dans l’élaboration du fameux Bandol rouge Lucien et Lulu. C’est ici que l’on trouve les plus vieilles vignes de la famille Rounard-Tempier, dont certaines sont centenaires. Le mourvèdre voisine ici avec grenache, cinsault et carignan, sur près de 7 hectares.
On citera ensuite le secteur de La Tourtine, qui jouxte le village de Castelet, avec ses mourvèdres de coteaux exposés plein Sud, bénéficiant d’un ensoleillement maximal mais aussi d’un vent omniprésent. Les vignes s’appuient sur des sols de grès et de marnes du Santonien, riches en argiles, qui donnent beaucoup de structure et de densité au vin.
La Migoua, quant à elle, avec son altitude assez élevée d’environ 300 mètres au pied du massif du Beausset Vieux et ses calcaires du Trias souvent affleurants, au cœur d’un environnement sauvage de garrigue, apporte une vraie finesse minérale.
Enfin, le lieu-dit de « Cabassaou » (qui signifie « ça cabasse » en provençal, pour dire « ça tape ») est un terroir plutôt précoce et solaire, où mourvèdre et vieux pieds de syrah atteignent de magnifiques maturités.
Une diversité qui fait toute la richesse et la complexité des rouges signés Tempier. De grands vins de lieu et de garde, qui incarnent véritablement l’esprit méditerranéen, ses couleurs chaudes, ses parfums de garrigue, sa générosité, mais toujours dans un registre d’une grande élégance.
Une élégance que l’on veille à préserver à la cave, à travers des vinifications très peu interventionnistes ; Après un tri rigoureux, d’abord en bout de rang puis à l’entrée du chai, les raisins sont intégralement égrappés puis foulés, avant d’être fermentés en cuves puis élevés dans de grands foudres, plus ou moins anciens. Des contenants qui permettent au vin de respirer sans pour autant l’alourdir ou le marquer. A la recherche du meilleur équilibre, encore et toujours.
Très loin de certains rouges sudistes parfois un peu « bodybuildés », les bandols de Tempier jouent la carte de l’équilibre entre terre et mer, entre puissance et finesse, chaleur et fraîcheur. La splendide collection issue du millésime 2023 nous en fait la plus belle des démonstrations.
Bienvenue chez Tempier, en terres de grands rouges !
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