La Bourgogne viticole, avec ses 3 départements phares (Yonne, Saône-et-Loire et Côte-d’Or), constitue aujourd’hui l’une des régions viticoles les plus réputées dans le monde. Avec environ 4 000 vignerons mais seulement 28 000 hectares de vignes en production, elle ne représente pourtant que 0,4 % de la production mondiale et pas plus de 3 % du seul vignoble français. Nous allons essayer de comprendre pourquoi cette fine bande de terre de plus de 300 kilomètres du nord au sud s’est imposée, au fil des siècles, comme un terroir exceptionnel, à l’infinie diversité, produisant à partir du seul cépage pinot noir, pour de nombreux amateurs, certains des plus grands vins rouges de la planète.
Un peu d’histoire…
Des origines très anciennes, aux contours flous
Le travail de la vigne et la production de vin sont déjà présents sur le territoire de la future Bourgogne dès l’époque gallo-romaine, comme en témoignent les vestiges de pressoirs et de vignobles découverts à Gevrey-Chambertin ou Selongey. Malgré la volonté des empereurs romains de limiter l’expansion viticole pour protéger la production italienne, la vigne va s’enraciner dans ces terres propices et se développer au fil des siècles. Les Burgondes, venus du nord de l’Europe, en accélérèrent la progression en établissant une règle selon laquelle quiconque plantait la vigne sur une friche en devenait propriétaire. Dès lors, nombre de paysans se firent viticulteurs. Cet essor fut interrompu par les invasions successives, mais l’héritage viticole subsista dans les monastères et les abbayes.
Le rôle moteur des abbayes et la naissance des clos
Il faut attendre les XIᵉ et XIIᵉ siècles pour que la vigne retrouve son importance sous l’impulsion des abbayes de Cluny et de Cîteaux. Les moines bénédictins et cisterciens, soucieux d’offrir à la papauté d’Avignon ce que la vigne produisait de meilleur, s’employèrent à identifier et cultiver les meilleurs terroirs. Grâce à des dons et acquisitions successives, ils constituèrent de vastes domaines monastiques entièrement dédiés à la viticulture. Ce sont eux qui délimitèrent les premiers clos, comme le clos de Bèze, le clos Saint-Vivant ou le clos de Vougeot, et mirent en évidence la relation intime entre le sol, l’exposition et la qualité du vin. Dès le XIIᵉ siècle, les vins de ces clos, principalement rouges, jouissaient d’une réputation qui dépassait largement les frontières du duché. Les moines avaient saisi que le pinot noir, cépage délicat et changeant, traduisait mieux que tout autre la singularité des terroirs de la Côte-d’Or.
L’âge d’or des ducs de Bourgogne
Les efforts des moines furent poursuivis par les ducs de Bourgogne aux XIVᵉ et XVᵉ siècles. C’est sous le règne de Philippe le Hardi que le pinot noir s’imposa définitivement, au détriment du gamay, jugé trop rustique et banni par un célèbre édit de 1395. Ce choix fondamental allait définir pour toujours le visage des vins rouges de Bourgogne. Sous les règnes de Philippe le Bon et de Charles le Téméraire, les vins de la Côte de Nuits et de la Côte de Beaune gagnèrent les grandes cours d’Europe : Flandres, Angleterre, Saint-Empire germanique. Ce fut une période d’apogée, où les vins de Beaune et de Nuits rivalisaient en prestige avec les plus grands crus de l’époque.
L’émergence du négoce au XVIIIᵉ siècle
Après des siècles de prospérité puis de déclin consécutif au rattachement du duché au royaume de France, le vignoble bourguignon se réorganisa au XVIIIᵉ siècle autour des maisons de négoce de Beaune et de Nuits. Ces négociants-éleveurs, comme Bouchard, Chanson ou Latour, firent beaucoup pour la reconnaissance des grands crus rouges de la région. Ils contribuèrent à imposer une nouvelle approche du vin, fondée sur la recherche de finesse et de garde, et sur une vinification plus précise du pinot noir. Les rouges de la Côte de Nuits acquirent alors leur réputation de vins puissants et racés, tandis que ceux de la Côte de Beaune se distinguaient par leur élégance et leur rondeur.
La morcellisation après la Révolution et la naissance des climats
La Révolution française entraîna la vente des biens ecclésiastiques et la division des anciens domaines monastiques en une multitude de parcelles, souvent minuscules. Ce morcellement, accentué ensuite par les successions, façonna le visage actuel du vignoble, où coexistent une infinité de petits propriétaires. Ce découpage donna naissance à la notion de « climat », chaque parcelle de vigne correspondant à un terroir bien défini dont le vin traduit la personnalité propre. C’est cette mosaïque de climats, héritée du Moyen Âge et sanctifiée par des siècles d’observation, qui fait encore aujourd’hui la richesse et la complexité des vins rouges de Bourgogne.
Une géologie complexe, faite de failles et de fractures
Le vignoble bourguignon repose sur des sols issus du Jurassique, composés principalement de calcaires, de marnes et d’argiles. Le pinot noir y trouve un terrain d’expression idéal, capable de restituer avec précision la diversité géologique et topographique de la région. Dans la Côte de Nuits, le sous-sol calcaire, peu profond, donne des vins denses, structurés et profonds, tandis que les sols légèrement plus argileux de la Côte de Beaune produisent des rouges plus ronds et plus souples. La Côte Chalonnaise, avec ses alternances de marnes et d’argiles à silex, donne des vins francs et fruités, tandis que le Mâconnais, aux sols plus chauds et calcaires, produit des rouges plus solaires et généreux.
Des coteaux bien exposés à la croisée de nombreuses influences climatiques
Située au carrefour des influences océaniques, continentales et méditerranéennes, la Bourgogne bénéficie d’un climat tempéré propice à la lente maturation du pinot noir. Les vignes, plantées entre 200 et 400 mètres d’altitude, sont généralement exposées à l’est ou au sud-est, bénéficiant ainsi d’un ensoleillement matinal qui favorise la maturité du raisin tout en limitant les risques de gel. Dans la Côte de Nuits, les hivers sont froids et les étés chauds, conditions idéales pour la concentration aromatique et tannique du pinot noir. Dans la Côte de Beaune et la Côte Chalonnaise, les amplitudes thermiques plus douces préservent la fraîcheur et la finesse aromatique. Plus au sud, dans le Mâconnais, le climat plus méridional assure une maturité plus rapide et un fruité plus ample.
Une culture ancestrale des vins monocépages
En Bourgogne, le pinot noir règne en maître sur la production de vins rouges. Cépage d’une exigence rare, il est aussi celui qui exprime avec le plus de justesse la personnalité du terroir dont il est issu. C’est un raisin fragile, à la peau fine, qui demande une attention constante et une viticulture de précision. Les vinifications, le plus souvent traditionnelles, privilégient la recherche d’équilibre entre matière, acidité et tanins, sans excès d’extraction. L’élevage en fûts, hérité du savoir-faire des moines, demeure une étape essentielle : il permet d’affiner les vins sans masquer la pureté du fruit. La grande force des rouges de Bourgogne réside dans leur capacité à traduire, par le pinot noir seul, l’infinie variété des terroirs de la région.
La classification actuelle des vins de Bourgogne
La classification des vins rouges suit les mêmes principes que celle des blancs. Les appellations régionales, comme Bourgogne ou Hautes-Côtes de Nuits, offrent des vins souples et fruités, reflets d’un style accessible et typique. Les appellations communales, ou « Villages », telles que Gevrey-Chambertin, Nuits-Saint-Georges, Pommard, Volnay ou Mercurey, expriment davantage la personnalité des terroirs et se distinguent par une plus grande complexité. Les « Premiers Crus », issus des meilleurs climats de ces appellations, associent concentration, élégance et profondeur. Enfin, les « Grands Crus », au nombre de trente-trois, dont la majorité en rouge, incarnent l’excellence absolue : la Côte de Nuits en concentre les plus célèbres, de Chambertin à La Romanée-Conti, de Clos de Vougeot à Musigny, autant de noms qui font rêver les amateurs du monde entier.
Parcelles et climats en Bourgogne : une mosaïque de terroirs et d’histoires
Chaque climat correspond à une parcelle précisément délimitée, dont les caractéristiques géologiques et microclimatiques donnent au vin une identité propre. Cette approche parcellaire, unique au monde, résulte d’une observation patiente des générations successives de vignerons. Les coteaux de la Côte de Nuits, où se concentrent la plupart des grands crus rouges, sont souvent orientés à l’est, protégés des vents d’ouest, et leurs sols de calcaire dur permettent aux racines de la vigne de plonger profondément. C’est dans cette relation intime entre la terre, le climat et le cépage que s’est forgée l’âme du vin rouge de Bourgogne, reconnu aujourd’hui comme l’une des plus hautes expressions du pinot noir.
Les ventes de la région
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