Voici certainement le vin le plus singulier et complexe du Domaine, un vin tout en nuances de parfums et de textures, un grand vin séveux et incroyablement persistant : il a au moins la stature d’un premier cru des prestigieuses appellations voisines.
Monopole du Domaine, ce petit climat de 60 ares était déjà la pièce-maîtresse du petit domaine de l’artisan-vigneron Gilles Jourdan, lorsque celui-ci décide de passer la main et de proposer à Camille et Matt d’acquérir ses vignes. Situé juste en contrebas de La Montagne, sur le coteau de Corgoloin, ce terroir argilo-calcaire offre la particularité d’être traversé par une veine de marnes bleues, assez rares sur la Côte de Nuits. Le sol est ici un peu plus riche en limons, plus profond, apportant au vin un supplément de chair texturée, de profondeur et de puissance.
Une complexité que Camille parvient à capter et retranscrire dans son vin avec une précision digne d’un atelier de haute-couture. Pourtant, ici, point d’intrant œnologique et de haute-technologie, mais uniquement du travail manuel, une observation précise de chaque grappe, cueillie à parfaite maturité, et surtout, une sorte de sens inné du juste équilibre. Cette année, Camille a intégré environ une moitié de vendanges entières pour une cuvaison douce, infusée, où les raisins sont très peu triturés si ce n’est par quelques remontages au sceau.
Le résultat, bien que clairement taillé pour la garde, est déjà impressionnant de densité, de profondeur, de puissance contenue. Au premier nez, il règne ici une ambiance plus automnale évoquant les sous-bois, les herbes et les feuilles séchées, quelques champignons frais aux parfums subtils. Les fruits sont plus sombres, mûrs et charmeurs : on pense à la cerise noire, à la myrtille et à la confiture de mûre. Au fil de l’aération, un voile floral délicat s’élève du verre, sur des évocations de pivoine épanouie et de violette, relevé de quelques notes minérales et épicées, entre mine de crayon et poivre gris. La sensation de fraîcheur gagne du terrain : une touche plus tonique de framboise se fait jour.
La bouche, encore ferme, se révèle particulièrement séveuse. On ressent une forme de puissance contenue, fuselée, qui ne demande qu’à se délier. Ce sera de toute évidence le cas après quelques années en cave. Mais déjà, le charme opère : la texture est dense mais souple, les saveurs de fruits noirs et rouges sont d’une grande pureté, la persistance est impressionnante. Ce vin, charmeur, complexe et profond, a tout pour se bonifier avec le temps. Il tiendra la dragée haute à bien des premiers crus voisins, du côté de Gevrey ou Morey par exemple.
Une réussite exceptionnelle qui confirme la place de Camille dans la cour des (très) grands !
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